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« Génitrice d’apprenant » 11 février, 2016
Alors même que nous sommes en pleine application d’une réforme de l’orthographe qui ne va générer que de la confusion et va faire perdre à notre langue ses jolis chapeaux (attention, pas tous, hein, on vous dit qu’on simplifie!), j’ai découvert grâce à une amie, cette chronique de Martina Chyba qui résume parfaitement bien toute la pédance (mot non reconnu par le dico) qu’on peut trouver dans le système scolaire! Regardez plutôt:
Impolitiquement correct
La chronique de Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.
Désolée je ne peux pas m’en empêcher. Je craaaque. Amatrice inconditionnelle de la novlangue pédante, bureaucratique et politiquement correcte, je me dois de partager les dernières découvertes. Déjà cet été, j’ai adoré les campings qui ne veulent plus qu’on les appelle les campings parce que ça suscite instantanément dans l’esprit des gens l’image de Franck Dubosc en moule-boules ou de Roger et Ginette à l’apéro avec casquette Ricard et claquettes Adidas. Donc les professionnels de la branche demandent que l’on dise désormais «hôtellerie en plein air». Haha. J’ai aussi appris que je n’étais pas petite mais «de taille modeste» et qu’un nain était une «personne à verticalité contrariée». Si, si.
Mais rendons à César ce qui lui appartient, l’empereur du genre reste le milieu scolaire et ses pédagos à gogo. J’étais déjà tombée de ma chaise pendant une soirée de parents quand la maîtresse a écrit sur le tableau que nos enfants allaient apprendre à manier «l’outil scripteur» au lieu de tenir un crayon. Je me suis habituée au fait que les rédactions sont des «productions écrites», les courses d’école des «sorties de cohésion» et les élèves en difficulté ou handicapés des «élèves à besoins éducatifs spécifiques». Mais cette année, sans discussion aucune, la mention très bien est attribuée au Conseil supérieur des programmes en France et à sa réforme du collège. Z’êtes prêts? Allons-y.
Donc, demain l’élève n’apprendra plus à écrire mais à «maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres». Il n’y aura plus de dictée mais une «vigilance orthographique». Quand un élève aura un problème on tentera une «remédiation».
Mais curieusement le meilleur est pour la gym… oups pardon! pour l’EPS (Education physique et sportive). Attention, on s’accroche: courir c’est «créer de la vitesse» nager en piscine c’est «se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé et traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête» et le badminton est une «activité duelle médiée par un volant». Ah! c’est du sportif, j’avais prévenu, Les Précieuses Ridicules de Molière, à côté, c’est de l’urine de jeune félidé (je n’ose pas dire du pipi de minet).
Alors, les amis, ne perdons pas ce merveilleux sens du burlesque et inventons une nouvelle catégorie: la «personne en cessation d’intelligence» autrement dit, le con.
Signé Martina Chyba, parent d’élève. Ah non, re-pardon… Martina Chyba, «génitrice d’apprenant».
Source : Migrosmagazine
Ça m’a évidemment fait penser à notre copain Bruno qui nous racontait que, quand il a passé le CAPES d’EPS, on lui parlait de « référent bondissant » et « bondissant aléatoire » pour désigner le ballon de foot et celui de rugby…
C’est quand même triste de voir que le système scolaire se perd dans son jargon et s’éloigne de plus en plus de sa fonction première : simplement permettre aux jeunes de devenir des citoyens à part entière, en respectant le rythme et les compétences de chacun… Et ce n’est pas en mettant un bac pro en 3 ans au lieu de 4 et des classes de 34 élèves (donc moins de profs) que ce sera possible!!! Signé, une génitrice d’apprenants